21 août 2012 23:00

Fabuleux alchimiste des sons, Gil Evans est de cette poignée de leaders-compositeurs-arrangeurs (Count Basie, Duke Ellington, George Russell, Carla Bley, Mathias Ruegg), qui, chacun leur tour, ont inventé une autre façon de concevoir le big band. Retour sur un doux géant, accessoirement pianiste, mais surtout coloriste d’une extrême sensualité.
« Dans «Trilby», le roman de George Du Maurier, une jeune fille, plongée dans le sommeil de l'hypnose, se voit enseigner le chant par un étrange personnage, Svengali. L'exact anagramme de Gil Evans, fera remarquer Gerry Mulligan. Il est des jeux de lettres qui peuvent dévoiler le fond des choses. Gil Evans n'apprit pas le chant à Miles Davis, Cannonball Adderley, Kenny Burrell, Helen Merrill ou Astrud Gilberto mais, grâce à son intuition, ils découvrirent la nature profonde de leur art. Mage énigmatique et souriant, homme de culture refusant les étiquettes, Gil Evans respirait l'air de son époque avec gourmandise pour mieux nourrir son monde intérieur. Et les solutions qu'il en tirera en toute humilité infléchiront le cours du jazz. A plusieurs reprises. » (Alain Tercinet in Jazzman)
On l’a entendu hier soir, Gil et Miles Davis avaient collaboré pour les séances de « Birth of the Cool »… Deux semaines au Royal Roost, une poignée de morceaux gravés pour Capitol, et le Nonette aura vécu. Miles et Gil se retrouveront au bout de neuf ans, pour un album-phare, «Miles Ahead».
« Cette fois, Evans a réuni un grand orchestre de dix-neuf musiciens dont le mode de fonctionnement devient une extension du nonette. Désarticulant les sections classiques, juxtaposant les métriques, dans Maids of Cadix Miles joue un moment en 3/4 alors que l'orchestre est en 4/4, Gil Evans tisse derrière Davis des entrelacs de sonorités inouïes, s'épanouissant en somptueuses nappes sonores. Sans gratuité aucune, «Gil est le seul arrangeur avec lequel j'ai travaillé qui écrive quelque chose de la façon dont le soliste saura la jouer» dira Gerry Mulligan ; ni laxisme dans les plages de liberté, «Gil trace une carte, il désigne l'objectif auquel il veut parvenir et il n'existe ni détours, ni faux-fuyants» (Ernie Royal). Les dix mini-concertos de l'album forment une véritable suite au long de laquelle Miles, de bout en bout somptueux au bugle (!), en totale convergence d'âme avec le lyrisme personnel de Gil Evans, montrait qu'il n'existait pas de meilleur vecteur que lui pour cette musique. » (Alain Tercinet in Jazzman)
illustration : Gil et Miles Davis durant la séance d'enregistrement de © DR