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Yaron Herman New Quartet

Vendredi 25 Novembre 2011 01:14


Il en avait d'abord rêvé ; il en parlait à voix basse depuis la rentrée ; il est en train de le réaliser et c'est officiel : le pianiste Yaron Herman, que l'on avait essentiellement aperçu en trio ou en solo (et occasionnellement en duo avec Michel Portal), se lance dans un nouveau groupe et ce sera un quartet.

Il a choisi Émile Parisien (saxophones), Stéphane Kerecki (contrebasse) et Ziv Ravitz (batterie). Le quartet va enregistrer en février prochain pour Act qui sortira l'album le 28 septembre 2012.


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Yaron Herman, New Quartet, ACT Music


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Paul Motian, la disparition d'un monde

Mercredi 23 Novembre 2011 11:30

Paul Motian

Paul Motian © DR


Le batteur et compositeur Paul Motian est décédé mardi 22 novembre au matin à New York, d'une maladie de la moelle osseuse qui s'était aggravée d'une leucémie. Il avait 80 ans (né le 23 mars 1931).

Chacun retiendra de sa prolifique carrière tel ou tel instant de grâce absolue : les sessions de Bill Evans au Village Vanguard en juin 1961 avec Scott LaFaro ; les explorations alanguies au côté de Paul Bley et Gary Peacock ; sa participation au Liberation Music Orchestra de Charlie Haden et Carla Bley ; le majestueux premier trio de Keith Jarrett avec Haden enchainant sur le quartet du pianiste avec Dewey Redman… Jusqu'à sa carrière personnelle abondamment documentée sur ECM et ce trio en apesanteur avec le saxophone de Joe Lovano et la guitare de Bill Frisell, un noyau qui s'élargissait ici ou là à un quartet ou quintet.

Son approche de la batterie était celle d'un peintre pour qui les couleurs et la matière importent plus que le rythme des lignes. Mais quelle énergie dans ses frôlements de peaux ou ses rugissements de cymbales ! Il mettait ses partenaires dans une atmosphère d'envoûtement, où les bruissements percussifs installaient un climat, une tension, un désir. Parce qu'il avait développé cette approche aussi singulière qu'innovante juste avant l'explosion du free jazz et la continua ensuite sur le mode d'une violente douceur, il était un maître unanimement respecté.

Je me souviendrai toujours de la séance d'enregistrement de l'album « Fantasm » de Stephan Oliva, consacré aux compositions de Paul Motian avec Bruno Chevillon et Paul lui-même à la batterie. C'était en novembre 1999. Dans la brume du petit matin de Pernes-les-Fontaines, Paul avait débarqué au Studio La Buissonne en pantalon de survêt et sweater à capuche. Surtout, à la surprise générale sans ses cymbales. Du coup, c'est un batteur marseillais, Marc Mazzillo , qui avait amené l'ensemble de sa Gretsch. Motian s'était installé sur le tabouret, encore emmitouflé. Et instantanément, cette batterie même pas réglée et ces cymbales encore inconnues de lui avaient "sonné" Motian ! On s'était tous regardés incrédules, à commencer par Gérard de Haro, l'ingénieur du son. On croyait Paul Motian batteur, il était musicien. Entièrement.


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Paul Motian, mort, 22 novembre 2011, death


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Will - 26/11/2011 22h07

Big up à Paul Motian, grand batteur, dont je connais seulement un disque solo mais quel travail il a réalisé avec Bill Evans !

La mort des vétérans du jazz va défiler en cette décennie, faut s'attendre à une véritable hécatombe (il y a déjà eu Hank Jones...)...

Jeff SADE - 25/11/2011 21h06

à quand, une nuit consacrée à paul Motian et ses amis ?
Car il y a beaucoup à (faire) entendre, et que du bon !

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Label Bleu : renaissance annoncée

Mercredi 23 Novembre 2011 10:34

Henri Texier, Louis Sclavis, Aldo Romano

Henri Texier, Louis Sclavis, Aldo Romano © Mephisto

Hier soir, au Duc des Lombards, Label Bleu présentait le premier album du guitariste Richard Manetti, le fils de Romane, qui bénéficie de l'aide du Fonds d'Action Sacem. Un quartet composé de Fred d'Œlsnitz (k), Jean-Marc Jafet (b) et Yoann Serra (dms) et accueillant aussi Stéphane Guillaume (sax).

L'album, qui sortira en février prochain (distribué par Sphinx), inaugure une nouvelle ligne graphique du label dirigé par le patron de la Maison de la culture d'Amiens, Gilbert Fillinger, et dont les productions sont déléguées à Jean-Marie Salhani. La sortie suivante (en mars) fera événement, puisqu'il s'agira du quatrième enregistrement du trio Romano-Sclavis-Texier, invitant pour la première fois trois autres musiciens à se joindre à eux : le guitariste Nguyên Lê, le trompettiste Enrico Rava et le pianiste Bojan Z. L'album (déjà enregistré) s'appellera « 3+3 » et intègre des compositions des six musiciens. Le groupe devrait faire les beaux jours des festivals de l'été prochain !


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Label Bleu, Romano, Sclavis, Texier, Nguyên Lê, Enrico Rava, Bojan Z, Richard Manetti


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c. charpenel - 16/12/2011 07h37

Label Bleu + Romano Sclavis Texier + guests = excellentes nouvelles!

J C Cheveux - 09/12/2011 21h28

Vivement février 2012 !c'est du lourd!

1671137.fr - 23/11/2011 11h16

Ah ! Je sens qu'au moins un disque estampillé Label Bleu va accompagner les autres dans ma discothèque.

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Jazz Village : naissance annoncée

Mercredi 23 Novembre 2011 10:00

Le label World Village, chez Harmonia Mundi, va voir apparaitre à ses côtés une collection spécifique au jazz : Jazz Village. En ces temps de soubresauts de l'industrie musicale l'artisanat musical retrouve des vertus !

Ce nouveau label, dont la direction artistique sera assurée par Pascal Bussy (déjà en charge du jazz et des musiques du monde chez Harmonia Mundi) publiera en mars l'enregistrement tout chaud de sa première signature : un coup d'éclat puisqu'il s'agira du nouvel enregistrement du quartet d'Ahmad Jamal !

Pour l'occasion, le pianiste a embauché un nouveau bassiste, Reginald Veal, qui retrouvera donc à ses côtés le batteur Herlin Riley auquel il fut longtemps associé auprès de Wynton Marsalis. Manolo Badrena et ses facéties percussives reste fidèle au poste.


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Jazz Village, Ahmad Jamal, signature, Harmonia Mundi


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Mort d'André Hodeir (1921-2011)

Mardi 1 Novembre 2011 20:22

André Hodeir chez lui en 2006

André Hodeir chez lui en 2006 © Olivier Roller

On apprend ce mardi soir 1er novembre la disparition d'André Hodeir à l'âge de 90 ans (il était né le 21 janvier 1921). Il fut un grand compositeur qui signa quelques unes des plus brillantissimes pages du jazz en France. Avec sa plume, il donna également ses fondements théoriques à la critique de jazz sur les cinq continents et fut un romancier au style admirablement raffiné. Sur André Hodeir, dont il avait été l'éditeur, Christian Tarting avait publié un texte dont chaque ligne est aujourd'hui encore plus précieuse :

"Venu à la musique dès l'âge de cinq ans, André Hodeir a fait de fort complètes études techniques, se destinant primitivement à une carrière de violoniste classique. De 1942 à 1947, il est élève du Conservatoire national supérieur de Musique de Paris (entre autres dans la classe d'Olivier Messiaen), dont il sort avec trois premiers prix (harmonie, fugue, histoire de la musique).

Découvrant le jazz peu avant la guerre, il se produit (parallèlement à ses études de composition) à compter de 1942 sous le pseudonyme de Claude Laurence, avec le sextette d'André Ekyan et sa propre formation ; il dialogue par la suite avec Django Reinhardt (travaillant avec lui comme arrangeur pour le film Le Village de la colère, 1946), Kenny Clarke (à ses côtés, il va agir en précurseur, se préoccupant d'adapter au violon le langage bebop : Laurenzology, 1948), puis côtoie Don Byas (1949), James Moody (il est l'arrangeur et chef d'orchestre de sa séance avec cordes de 1951), Bobby Jaspar qui, en 1954, l'assiste dans la fondation du Jazz Groupe de Paris dont il est le leader (mais où il ne joue pas) et qui, jusqu'en 1960 (puis, au concert, de 1964 à 1969), se consacre exclusivement à l'interprétation de ses œuvres et arrangements.

1954 est, pour André Hodeir, une année marquante : elle voit en effet la publication, outre celle des « Essais » – son premier album d'importance –, de son quatrième ouvrage, qui le désigne comme le véritable fondateur de la
critique de jazz : « Hommes et Problèmes du jazz » (Flammarion, coll. Le Portulan, 1954 ; rééd. : Parenthèses, coll. Epistrophy, 1981, 1985). Ce livre déterminant et internationalement salué se constitue d'une série d'articles publiés les années précédentes dans la revue Jazz-Hot, dont il a assuré la rédaction en chef de 1947 à 1951 (on le retrouvera quelques années plus tard à la tête de Panorama de la musique), et cristallise l'importance du geste critique (et d'écriture) pour ce musicien exigeant, rigoureux, inquiet des conditions de possibilité et des possibles de la musique.

Cette attention à la réflexion (tôt montrée : ses premiers articles datent de 1941) lui avait fait auparavant écrire « Le Jazz, cet inconnu » (Éditions France-Empire, coll. Harmoniques, 1945) – un premier texte d'obédience panassiéiste qu'il reniera (et dont « La Religion du jazz », appendice de la première édition d'« Hommes et Problèmes du jazz », abandonné dans les suivantes, est comme l'exorcisme) –, « Introduction à la musique de jazz » (Larousse, coll. Formes, écoles et œuvres musicales, 1948) et, au plan de la musicologie classique, « Les Formes de la musique » (Presses universitaires de France, coll. Que sais-je ?, 1951), vite reconnu comme un livre de référence quant au repérage structurel et à l'histoire des formes de la musique occidentale écrite.

Tout au long de sa carrière, Hodeir ne rangera, d'ailleurs, guère l'arme musicologique (et musicographique : cf. notamment sa collaboration aux recueils de fiches « Jazz classique et Jazz moderne » publiés sous la direction de Henri Renaud – Casterman, 1971), intervenant dans les deux « champs », a priori étanches, du classique et du jazz. Vont ainsi se succéder « La Musique
étrangère contemporaine » (Que sais-je ?, 1954), « La Musique depuis Debussy » (Presses universitaires de France, 1961 : cet ouvrage reprend l'essentiel du précédent), dont l'originalité et la fermeté de regard s'attirent, à parution, des réactions houleuses de la part de l'institution classique et de ses descendances contemporaines, notamment pour l'importance qu'il accorde alors, et le tout premier, à l'œuvre du compositeur Jean Barraqué…

Suivent encore : « Toward Jazz » , recueil d'articles longtemps disponible dans la seule traduction de Noël Burch aux États-Unis (New York, Grove Press, 1962) ; sous une forme augmentée, ce livre (qui comprend, entre autres, une lumineuse étude sur Thelonious Monk, « Monk ou le malentendu ») sera publié en France en 1984 (Jazzistiques, Parenthèses, coll. Epistrophy) ; puis, en 1970, « Les Mondes du jazz », Grand Œuvre hodeirien, hybride et aigu, essai-fiction sur la nature et les morts du jazz, ses devenirs et repentirs, l'angoisse de perte qui strie l'improvisation, les ratés du geste sans assise suffisante, le clair appel à la bascule dans le mouvement salvateur de l'écriture, seul en mesure de faire que le jazz dépasse le jazz, et le pérennise (UGE-10/18, 1970 ; rééd. : Rouge Profond, coll. Birdland, 2004). Écrit au long de sept ans (1961-1968), ce livre foisonnant et d'infaillible tension stylistique marque un autre saut de frontière – la dévoration de Hodeir par la littérature.

Après les étapes des contes et roman historique pour enfants (« Les trois bouteilles de Warwick », Grove Press, 1966 ; « Cléopâtre », Grove Press, 1967, Casterman, 1984 – tous deux illustrés par Tomi Ungerer ; « Les Aventures de la chevalière », Casterman, 1983), c'est l'accord décisif au roman : « Play-Back » (Les Éditions de Minuit, 1983) et, avant « Mat et Brian » (Stock, 1994), avant les nouvelles de « Si seulement la vie » et « Le Rire de Swann » (Joêlle Losfeld, 2001 et 2004), « Musikant » (Éditions du Seuil, 1987), texte virtuose, ironique et émouvant, où l'on se prend à entendre, en filigrane, les raisons de l'abandon du violon par André Hodeir à la fin des années quarante.

Un retrait de l'instrument : c'est que l'improvisateur a, chez lui, vite cédé le pas au rêveur de monde, à l'artiste-théoricien souhaitant donner son statut, sa validité à la composition de jazz – qui n'est ni la confection de thèmes, ni même celle d'arrangements –, à ce regard particulier sur l'essence jazzistique qui les intègre, s'inscrit loin en avant d'eux et n'avait guère été sollicité jusqu'aux partis pris de Hodeir. Du Jazz Groupe de Paris à l'exécution de ses compositions par le grand orchestre de Martial Solal (1984), des retrouvailles avec Kenny Clarke – qui, en 1956, enregistre tout
un album de ses œuvres et arrangements de standards du jazz moderne – à l'aventure américaine de 1957 (février à mai) dont a découlé l'un de ses plus beaux disques (« American Jazzmen Play André Hodeir », avec entre autres Annie Ross, Donald Byrd, Bobby Jaspar, Eddie Costa, Hal McKusick…) et aux précieux travaux où s'illustrent Christiane Legrand, Martial Solal, Roger Guérin, Christian Bellest, Pierre Michelot, Raymond Guiot (« Jazz et jazz », 1960), une même ligne intransigeante, une même affirmation de positions solitaires.

Le joyau en est incontestablement le diptyque Jazz On Joyce, qui marque le passage de Hodeir à la grande forme : « Anna Livia Plurabelle », cantate de jazz pour deux voix de femmes – Monique Aldebert, soprano, Nicole Croisille, contralto – et orchestre de jazz (1966 – le disque ne paraîtra qu'en 1971), et « Bitter Ending », pour huit vocalistes (les Swingle Singers) et quintette de jazz (1972). Deux œuvres « musiquant » des extraits de la grande épopée panglossique de la littérature occidentale, « Finnegans Wake », au plus près de son rythme et sa poésie. Vingt-six ans après sa composition, Anna Livia Plurabelle est créée à la scène par l'Ensemble Cassiopée sous la direction de Patrice Caratini (au printemps de 1992 à Brest ; reprises à l'automne dans le cadre du Festival de jazz de Paris et à Vienne en Autriche) qui, un an plus tard, réalise avec cet orchestre un nouvel enregistrement de l'œuvre (Label Bleu, 1994).

Il faudrait ajouter qu'André Hodeir a été un collaborateur assidu des cinéastes (plus de trente musiques de films composées dont celles de « Autour d'un récif » – Jean-Yves Cousteau, 1949 ; « Saint-Tropez. Devoirs de vacances, » Paul Paviot, 1953 ; « Une Parisienne », Michel Boisrond, 1957!; « Les Tripes au Soleil », Claude Bernard-Aubert, 1958), qu'il a écrit plusieurs pièces pour le Modern Jazz Quartet (Around The Blues, 1960), enseigné l'arrangement et la composition de jazz en France et aux États-Unis (Harvard, 1976) et a été chargé de diriger un programme de recherches à l'IRCAM (1978 à 1986).

On se souvient du titre de l'essai publié en 1963 par Pierre Boulez : « Penser la musique aujourd'hui ». Tout l'œuvre d'André Hodeir pourrait, en ses diverses occurrences jazzistiques – musicales, critiques, et prospectives –, se rassembler sous une appellation générique voisine : Penser le jazz
aujourd'hui. Aujourd'hui : l'implication dans le contemporain, ses enjeux esthétiques multiples, contradictoires, et la netteté d'engagement qu'ils induisent (Hodeir est aux antipodes du laxisme ou du compromis), la
réflexion sur l'actuel et les jeux de l'à venir musical ont toujours, en effet, été au principe de son travail. John Lewis a pu dire de lui : « Il est celui qui indique des directions et donne des idées nouvelles. »

De fait, se plaisant à répéter qu'« il faut agrandir le jazz pour ne pas en sortir », Hodeir a refusé de considérer l'idiome-jazz comme allant de soi, lui a tendu un miroir incomplaisant et ainsi révélé ses limites – ce que ses beautés pouvaient cacher de facilités et faiblesses. Sans intention de dénigrement : commandée par une indubitable passion, son inclination rigoriste a voulu éveiller la musique aimée, l'inciter à ne se contenter d'aucun acquis, à barrer le piétinement, la redite, cette mollesse inhérente à l'héritage que le présent ne mettrait pas en crise. Aussi a-t-il proposé au jazz non d'investir de nouveaux territoires où se diluerait sa nature (dans l'incertitude, la boiterie esthétique née d'un élan de légitimation : la logique hodeirienne a fort peu à voir avec les positions du Third Stream) mais de reconnaître les développements potentiels de sa géographie intime, et d'y prendre assurance, assise ; ceci en le fermentant de modes de conception censés décider d'une langue tout autre et qu'il a su comme personne mettre en phase avec la dynamique jazzistique.

Agrandir le jazz : en usant, et dès ses débuts, de techniques d'écriture classiques, ici contraintes par les mouvements vernaculaires du swing, organiquement liées à la dimension véritablement essentielle du beat (seuls en ce sens – mais d'évidence à un moindre degré – pourraient lui être comparés certains Westcoasters, tout particulièrement Lennie Niehaus). Tracés structurels (canon, marches contrapuntiques…), décisions harmoniques (polytonalité, sérialisme, atonalité…), souveraine attention à la texture, à la couleur sonore (pratique de la Klangfarbenmelodie – mélodie de timbres) qui, après le constat d'impossible adéquation de l'atonalisme et du jazz, l'ont mené à la perspective de la forme ouverte, auto-engendrée au flux de la variation permanente.

Cette incessante déclinaison formelle impliquant de restreindre au mieux la part de l’accident (la saillie, par le chorus, de la parole personnelle dans le tissu d'ensemble) afin d'écarter le risque de déstabilisation de l'unité stylistique de l'œuvre, d'abaissement de sa tension poétique, Hodeir a étayé sa pratique compositionnelle de la notion d’improvisation simulée (écrivant les solos dans la manière même des instrumentistes à qui ils incombent), tôt présente chez lui (Esquisse I, 1954) et qui voit son apogée au fil de l'élaboration d'Anna Livia Plurabelle et de Bitter Ending. Option controversée : d'aucuns la comprennent comme une négation des fondements jazzistiques.

Voilà qui est bien hâtif, et sourd au fait que la prééminence revendiquée du texte n'a jamais signifié, chez Hodeir, quelque réductivisme que ce soit : elle a, au contraire, pour vocation de favoriser l'expansion maximale d'une complexité veinée de l'absolu respect des critères constitutifs du jazz, où ceux-ci peuvent se régénérer, requérir plus encore – et la musique qu'ils dessinent se garantir du piétinement. La soif de contrôle d’André Hodeir n'est ni d'un dogmatique ni d'un cœur sec : c'est la méticulosité d'un sensualiste qui ne veut rien laisser se distendre du lien amoureux ; c'est le dévoilement foncier, la traque inlassablement donnée au mot juste d'un écrivain – sans doute le plus pur du jazz avec Duke Ellington et Gil Evans."
Christian Tarting

France Musique rendra hommage à André Hodeir :
- avec le Caratini Jazz Ensemble, lors du concert "Jazz sur le vif" présenté par Xavier Prévost le samedi 3 décembre à 17h30 au studio 105 Charles Trénet de la Maison de Radio France à Paris. Ce concert sera diffusé dans Le bleu la nuit le samedi 17 décembre entre 23h et 1h.
- dans le Matin des musiciens du mardi 13 décembre, de 11h à 12h30, qu'Arnaud Merlin, en compagnie de Patrice Caratini, consacrera à l'œuvre d'André Hodeir.


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André Hodeir, mort, jazz, littérature, compositeur, écrivain, critique


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matti - 02/01/2012 13h30

Et n'oublions pas non plus Jacques Hess qui dialoguait avec André Hodeir ou Martial Solal dans les années 1970 quand nous découvrions Anna Livia Plurabelle et Bitter Ending.

Billy Glubo - 17/12/2011 12h28

André Hodeir est sur un personnage saisissant. Il cumule de nombreux talents : musicien (violoniste sous le nom de Claude Laurence), compositeur, romancier autant qu’essayiste. Il a le profil du véritable intellectuel mais aussi celui d'un poète. Un homme touchant et intéressant. Ses écrits sont sérieux et plein d’humour. Bref, tout ce qu’il faut pour passer de bons moments sans perdre l’occasion d’apprendre à réfléchir sur des sujets passionnants mais si peu partagés... [ lire la suite ]

matti - 29/11/2011 09h40

Grande tristesse .
Espoirs : retrouver bientôt Bitter Ending
dans une réédition bien documentée , comprenant comme l'édition de 1972 le texte de James Joyce et des points de vue inédits sur l'oeuvre en plus des notes de pochette écrites par André
Hodeir pour l'édition Epic .
Pouvoir lire le livre annoncé de Pierre Fargeton et , pourquoi pas voir réunis en volume tout ce qui est dispersé dans les revues .

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