Chaque continent a son ou ses Abbé Pierre, chaque pays en a connu plusieurs au cours de son histoire mais je dois avouer que, malgré les recherches effectuées aujourd’hui, je ne suis pas capable d’en citer un grand nombre.
Si nous vient à l’esprit assez facilement les noms de Mère Térésa, qui reçut en 1979 le prix Nobel de la paix pour son œuvre au milieu des plus pauvres des pauvres à Calcutta, de Sœur Emmanuelle parmi les chiffonniers du Caire ou de Geneviève de Gaulle-Anthonioz pour ATD Quart-Monde, c’est que leur travail a été popularisé au sein d’une Eglise qui nous est familière et que nous pouvions les entendre puisqu’elles parlent ou qu’elles ont parlé notre langue.
Mais qui connaît Clara Motolo, cette grand-mère qui, ayant pour base une église anglicane de Soweto en Afrique du Sud, se dévoue corps et âme pour distribuer aux enfants de cette gigantesque cité bidonville de quoi ne pas mourir de faim ?
Peut-être avez-vous entendu le nom de Tegla Loroupe, première africaine à avoir remporté en 1994 le marathon de New York et à avoir établi ensuite à plusieurs reprises le record du monde de la spécialité. Mais, vous avez dû l’oublier car elle se consacre surtout maintenant dans son pays, le Kenya, à organiser des courses de la paix et finance avec ses gains des constructions d’orphelinats et d’écoles.
Nul doute qu’en Amérique latine ou dans le monde musulman, d’autres femmes, d’autres hommes, se livrent à un travail équivalent.
Notre ignorance, ou du moins la mienne, rejoint donc celle que les autres, de par le monde, ont de notre Abbé Pierre. Ce n’est qu’en des occasions très spéciales que ces hommes et ces femmes extraordinaires apparaissent sous les feux de l’actualité. Il a fallu l’acharnement de Dominique Lapierre à faire connaître Mère Térésa pour que celle-ci accepte de se montrer devant les caméras, très brièvement, et à son corps défendant.
Quant à Henri Grouès, l’Abbé Pierre, que les plus âgés d’entre eux ont l’impression d’avoir toujours connu, il ne faut pas oublier que, pendant trois décennies de 1955 jusqu’au milieu des années 80, il s’était délibérément tenu à l’écart de toute publicité, ne faisant ensuite sa réapparition que de façon épisodique et presque provocatrice. C’est de cela aussi, par opposition aux humanitaires hypermédiatisés, qu’au fond nous lui sommes reconnaissants.
Comme le sont sans doute les habitants des Iles Sundarbans au large du Bengale, à Mohammed Abdul Wohab dont personne n’a jamais entendu parler chez nous.